27e Festival franco-anglais de poésie

La trace et l'oubli / Traces and oblivion - Paris, mai-juin 2004

P o è t e s   i n v i t é s

Harry Clifton

Seyhmus Dagtekin

Jean Miniac

Jan Owen

Daniele Pieroni

Valérie Rouzeau

Barry Wallenstein

Louise Warren

Susan Wicks

Poètes

Notices biobibliographiques

Poèmes à traduire
(ateliers
de traduction)
(tous droits réservés)

Harry Clifton

(Irlande)

 

Harry Clifton

Photo © Pat McGuigan

Harry Clifton est né à Dublin en 1952 ; il a beaucoup voyagé en Afrique et en Asie, de même qu'en Europe ces dernières années. Récipiendaire du prix Patrick Kavanagh en 1981, il a reçu de nombreuses bourses en Allemagne, en France, aux Etats-Unis et en Australie. Il a publié à ce jour cinq recueils de poèmes, parmi lesquels The Desert Route: Selected Poems 1973-88 et Night Train through the Brenner, tous aux éditions Gallery Press. Son étude sur une communauté montagnarde des Abbruzes, On the Spine of Italy, a paru chez Macmillan en 1999, tandis qu'un recueil de nouvelles, Berkeley's Telephone, a été publié en 2000 par Lilliput Press. Ses poèmes les plus récents sont réunis sous le titre God in France; a Paris Sequence 1994-98, chez Metre Editions. Il a enseigné aux universités de Brême, de Bordeaux, et aujourd'hui au Trinity College de Dublin. Il partage son temps entre la France et l'Irlande.

THEFT OF A LEATHER JACKET

Theft of a leather jacket, fifty francs
And a set of keys. Report it at the desk -
No need for police, or the People's Bank
To change our in-code. Little risk
In a city of millions, in the witching hours,
Of the ultimate stranger, the thief in the night,
A wandering moonbeam, highlights in his hair,
Suddenly standing before us, like a fright
Or an apparition, killing for metro fare
Or conscience money, chemicals or food,
For sexual favours, anything we share,
Loving each other, dealing in stolen goods.

Seyhmus Dagtekin

(poète kurde de Turquie)

 

Seyhmus Dagtekin

Photo © Louis Monier

Seyhmus Dagtekin est né au français à l'âge de 22 ans, après avoir vu le jour en 1964 à Harun, village kurde dans les montagnes du sud-est de la Turquie où il vécut jusqu'à l'âge de dix ans. Il partit ensuite pour l'école et les villes. Après des études en audiovisuel à Ankara, il arrive à Paris en 1987 où il vit depuis. Il écrit en kurde, en turc ou directement en français.

Il a publié aux éditions le Castor Astral en 2003 Couleurs démêlées du ciel, en 2001 Le Verbe temps, et en 2000 Les chemins du nocturne, prix international de poésie francophone Yvan Goll. Auparavant, il avait publié Artères-solaires aux éditions de l'Harmattan, en 1997. Un roman, A la source, la nuit vient de paraître en février 2004 chez Robert Laffont. En mars 2002, des extraits de ses textes ont été publiés dans l'Anthologie de la poésie francophone contemporaine de Nicole Brossard, parue au CNDP/Editions Le Castor Astral. Son poème « Mais le rire viendra » paraîtra en mars 2004 dans Une salve d'avenir. L'espoir, anthologie poétique aux éditions Gallimard.

AU SEUIL DU NOCTURNE (extrait)

Couvre-moi le sommeil de ta nudité
De la nudité de ta chair morte
Au-delà du bien et du mal
Au-delà des voleurs dans les coeurs de mes chamelles
Pour dire : tout est le contraire du faux
Et aller jusqu'aubout de ces faces abattues de l'homme
O berger, haut perché dans les collines ! On revient te voir couler comme une impression dans le vide, te laver la mâchoire de l'eau bénite par la barbichette de tes chèvres. Du haut de tes collines comme si ma sur aînée avait perdu la vie dans ses dilemmes de souffle et que mon coeur était pris à piège dans le scintillement de ta pensée.
On ne sait ce qui se passe dans le coeur d'un crustacé quand le vent souffle
Quand le vent souffle sur son aile droite une ailée de fourmis
/
La poésie est à surmonter dans la langue même de sa mort

(in Les chemins du nocturne,
éd. Le Castor
Astral, 2000)

 

Jean Miniac

(France)

 

Jean Miniac

 

Jean Miniac est né à Paris en 1960. Depuis 1995, il a publié plusieurs livres de poèmes oscillant entre la forme brève (Carmina, Dumerchez éditeur) et longue (Histoire de nous, L'arbre à paroles), avec des détours par la prose et une autre façon d'envisager le récit (Une odeur perdue de la mer, Fayard). Récemment, il a également consacré un essai à un poète et ami (tôt) disparu : Jean-Marie Le Sidaner : « Le cercle de la rose » (Bibliothèque municipale de Charleville-Mézières, 2003).

Son effort de traducteur s'est porté sur le latin tardif et médiéval. Il a traduit notamment saint Jérôme, Prudence, Jacques de Vitry, et actuellement il achève une anthologie de la poésie latine de cette période (4e-7e siècle) pour la revue Europe. Ce double ancrage - passé, présent - aiguise en lui le sentiment que de Homère à aujourd'hui nous sommes tous contemporains, assis autour d'une même table, partageant des nourritures dans un but bien précis : nous avons des problèmes à résoudre.

LA MAISON

Peut-être empruntera-t-on un jour
Les mêmes rues de province aux teintes passées qu'autrefois,
Leurs minauderies un peu obtuses, empoussiérées,
Et cette façon de s'effilocher quand on leur chatouille la gorge ;
Le soleil n'y vient plus ; il est resté avec nous ;
On l'a pris, une fois, qu'il descendait à l'aplomb d'un mur
Et si la pierre murmure encore c'est pour dire qu'elle n'oublie pas,
Elle aussi : dans la vie encrevassée
Peut-être y aura-t-il une seconde où ce soleil viendra nous réchauffer
Mais comme il est maigre... Et vieux...
Tout maigre et tout vieux qu'il soit, pourtant,
Il tient sa place au fond d'une alvéole
De notre coeur, repu d'attendre, murmurant : « Comme c'est bon... »
Alors nous attendons avec lui ; et tandis qu'il éclaire de biais,
Notre ombre grandissante se projette jusqu'au moment où la tête
Atteint cette maison devant laquelle nous passions sans cesse, dans la ruelle,
Sans jamais discerner qui vivait à l'intérieur

 

Jan Owen

(Australie)

 

 

Jan Owen est originaire de l'Australie du Sud, et vit sur la côte, à proximité d'Adelaide. Elle a publié cinq recueils de poèmes : Boy with a Telescope (1986), Fingerprints on Light (1990), Blackberry Season (1993), Night Rainbows (1994) et Timedancing (2002).

Elle a travaillé comme bibliothécaire, rédactrice-éditrice et professeur de poésie et d'écriture poétique ; elle écrit actuellement à plein temps, grâce à une bourse de deux ans de l'Australia Council. Elle a reçu notamment les prix Anne Elder, Mary Gilmore, le Wesley Michel Wright Poetry Prize et le Gwen Harwood Poetry Prize 2001. Pendant l'année 2001, elle a séjourné à Paris pendant six mois, au studio Nancy Keesing de la Cité internationale des Arts, où elle s'est engagée dans la traduction de poésie française. Ses poèmes reflètent bien son intérêt pour les langues, les arts, les voyages, la science et la musique.

THE RECKLESS

overlook their own horizon: the Chevalier de la Barre, nineteen,
would not doff his hat but sang lewd songs at Church parades.
The Capuchins stretched the truth from him. How many songs?
How many parades? Cut off the hand that failed to lift the hat,
tore out the tongue that sang. He must have prayed at last for death,
though mutely. They obliged him. Paris, 1766. Some few years on,
Voltaire gave them the edge of his tongue and got the Chevalier back
his reputation. A bronze on stone squares it on the Butte. High over
Paris, he looks beyond Sacré Coeur and Belleville's hazy blue,
open-faced, with an eager lean, his hat still firmly on. Loosely kin
to Jean-François, backpackers on the white steps size up the same plain.

 

Daniele Pieroni

(Italie)

 

Daniele Pieroni

Photo © Angela Farina

"Outsider" du 27e Festival franco-anglais de poésie, le poète et écrivain italien Daniele Pieroni, né en 1961, vit à Rome. Il a collaboré aux émissions culturelles de radio de la RAI et a été codirecteur de la revue Ritmica, publiée par l`université La Sapienza de Rome. Parmi ses oeuvres : Scritti, 1984 ; Il libro di Ilaria, 1991 ; Colombario dell`idea, 1995 ; Passi esornativi e una palinodia, 1999 ; Prose, 2003 et Lingua e batticuore, 2003.

On pourra lire en français des ses textes poétiques et en prose dans la revue Recueil (Seyssel, France, n° 20, 1991 ; n° 25, 1992) ; dans la revue Liberté, à Montréal : "Des poètes en Italie" (n° 213, juin 1994), "Des Italiens et de l`impossible origine" (n° 225, juin 1996) et Face au monde. Figures du poète (n° 258, novembre 2002) ; dans la revue Entrelacs (n° 12-13, 2002) et dans XYZ (n° 74, été 2003). Lauréat du prix Erato Farnesina 1997, il a séjourné six mois à Montréal, où il a collaboré à l`Institut culturel italien et a fait des recherches sur la poésie québécoise contemporaine à l`Université du Québec à Montréal (UQAM). Il traduit de l'anglais (poètes australiens, Henry James) et du français.

SOTTO GLI OCCHI

Guardavo i piedi massaggiar la terra

le mani sprimacciare l'acqua

e ho compreso che non c'è terreno impervio

se amo i semplici miei passi

e non c'è tempesta d'aria o in mare

che mi rechi in odio la natura,

mi piace camminare

e non temo di ripetermi

questo e pochi altri

sono gli elisir di lunga vita.

Valérie Rouzeau

(France)

 

Valérie Rouzeau

Photo © Régis Nardoux

Poète et traductrice française née en 1967 dans la Nièvre, dans une famille de récupérateurs de métaux du Cher, Valérie Rouzeau vit à Paris, et vit en poésie : elle en écrit... elle en traduit : La Traversée de Sylvia Plath, Poésie/Gallimard, 1999, Le Printemps et le reste et Je voudrais écrire un poème de Williams Carlos Williams ou encore Emily Dickinson... elle en lit à voix haute (lectures publiques)... et elle en anime, à travers des ateliers d'écriture en milieu scolaire. Titulaire d'une maîtrise de traduction littéraire, elle fait également de nombreuses lectures publiques et radiophoniques.

Depuis Je trouverai le titre après et A tire d'elle, parus respectivement chez Chambelland et à la Bartavelle en 1989, elle a publié à ce jour une dizaine de recueils, parmi lesquels Pas revoir, paru au Dé bleu en 1999, lui a valu un important succès, et Va où, édité en 2002 par Le Temps qu'il fait, a obtenu le prix Tristan Tzara.

 

(LA MESSE DES PAUVRES D'ERIK SATIE)

Qui riez criez kyrie oiseaux du ciel et pauvres gens oyez c'est pour vous nous lui tant

Tant d'appuyé fort au clavier de l'orgue tout au salut désarme

Du poids des notes d'un songe ça tient de l'amour phonométrographe des poires et du petit jésus des pieds des mains et du chapeau

La messe des pauvres d'Erik Satie de mille huit cent quatre vingt quinze à aujourd'hui ave à vie

Amen oh yé à vous nous lui aux gens du ciel pauvres oiseaux

Barry Wallenstein

(Etats-Unis)

 

Barry Wallenstein

Barry Wallenstein est l'auteur de cinq recueils de poésie, le plus récent étant A Measure of Conduct (Ridgeway Press, 1999). Sa poésie a paru dans plus de cent publications aux Etats-Unis et à l'étranger. Son livre Visions & Revisions: The Poet's Practice, paru chez T.Y. Crowell en 1971, a été réédité en 2002 par Broadview Press en version revue et enrichie. Intéressé depuis longtemps par la présentation conjointe de jazz et poésie, il a fait quatre enregistrements de ses poèmes avec jazz, le plus récent étant Tony's Blues (Cadence Jazz Records, CJR 1124, 2001).
Il est professeur de littérature et de création littéraire à la City University de New York, et rédacteur au journal American Book Review. Directeur du Poetry Outreach Center au City College, il y coordonne également depuis trente et un ans 'Annual Spring Poetry Festival, dont émane la publication Poetry in Performance. Il vient enfin de terminer une tournée de lectures de poésie avec des musiciens à Londres, Dublin, Cape Town, Prague et Paris.

 

PANDEMONIUM 

They, driven by doubt and a whim, opened the box
and out everything jumped,
fluorescent

and fearsome, and the box became famous
for its nightclub/late nighttime
release and later

worse, that rumble before the joists gave
and the bleeding
call to the world,

but the world wasn't listening
with its nations
pinpoint pressed to the wall;

their armies slouch in lassitude and fog
while the
generals hasten to their sanctuaries

to calculate scores of blame and possibility, long
having
forgotten the box and its tongues of flame.

Louise Warren

(Québec)

 

Louise Warren

Photo © Josée Lambert

Née à Montréal, au Québec, en 1956, Louise Warren a publié plus d'une dizaine de recueils de poésie dont, aux éditions de l'Hexagone, La pratique du bleu et Soleil comme un oracle. Essayiste, elle a consacré un ouvrage d'histoire littéraire à la première femme à publier un recueil de poésie au Québec, Léonise Valois, femme de lettres. Un portrait. Plus récemment, elle a fait paraître deux essais portant sur l'expérience de la création et de l'oeuvre d'art, Interroger l'intensité et Bleu de Delft. Archives de solitude, ainsi qu'une anthologie de poésie québécoise dédiée aux arts visuels, La poésie mémoire de l'art. Louise Warren a participé à de nombreux événements internationaux et reçu plusieurs prix littéraires, dont, en 2003, le Prix de la création artistique en région du Conseil des arts et des lettres du Québec.

BAINS D'OR ET DE THE

Une lumière tout intérieure.
Tortue, cerf, serpents, ce qui existe.
Aussi vrai que les bois du cerf s'élancent,
d'autres existences ont lieu.
Il n'y a pas d'autres liens.
Accepte ce mouvement.
La nuit vient vite. Tout est vivant.
Comme elle, je me jette dans l'obscurité.
Oui, les cheveux sont muets.
Mais tu peux entendre une voix à travers les feuilles des arbres qui dit ton nom.
Seule l'attente est un état d'immobilité verticale.
Un baiser profond.
C'est comme ça dans ce monde.
Vent, bleu, sable, la mer se décompose et doit rester ainsi.
L'hiver est assez grand pour contenir e temps et l'espace.
Le cou est un lieu petit, chaud et seul.
Je reviendrai pour cette fleur de neige.
Ces cristaux de lumière, cette eau qui prend feu dans le thé.
Attends-moi.

Susan Wicks

(Grande-Bretagne)

 

Susan Wicks

La poète et romancière Susan Wicks est née dans le Kent, en 1947. Elle a étudié le français aux universités de Kent et Sussex, et présenté une thèse de doctorat sur André Gide. Intéressée par la littérature et la langue françaises, par la littérature comparée et la création littéraire, elle a assuré des résidences d'écrivain en France et aux Etats-Unis, et enseigné au University College de Dublin. Elle dirige aujourd'hui le programme de Création littéraire de l'university de Kent, et vit à Turnbridge Wells. Elle a publié à ce jour trois recueils de poèmes chez Faber, Singing Underwater (1992, prix de l'Aldeburgh Poetry Festival), Open Diagnosis (1995) et The Clever Daughter (1996), ainsi qu'un quatrième en 2003 chez Bloodaxe Books : Night Toad: New & Selected Poems. Elle a également publié deux romans (The Key, 1997, et Little Thing, 1998) et un essai autobiographique (Driving my Father, 1996).

TREES IN THE HIGH WIND

As if the undersides of leaves were fish, and the fish silver
like mist or moon and leaves were moving faster
than your eye could catch. As if something were floating,
rising to the surface, soon to be discovered -
the manes of horses streaming as they galloped
through weed that rippled rising in a green river.
As if the past were leaves and leaving and the still window
were still, and leaves were skin, and your skin younger.
As if your eyes half closed and the slit of light got brighter,
caught in liquid glass, flicking towards amber.
As if this blaze of white on grass were more than clover
and blue an unseen cloud, and cloud already half over -
the whole valley a green sea and the waves churning
and you a child in rough weather shouting louder and louder
as you sail into leaves and come to no land ever