Jacques Rancourt
 
JR

photo Caroline Halazy

Jacques Rancourt, né au Québec en 1946 et vivant à Paris depuis 1971, est poète, traducteur, essayiste, photographe et auteur d'anthologies. Il a dirigé pendant plus de trente ans le Festival franco-anglais de poésie et la revue la Traductière. - Auteur d'une quinzaine de recueils de poésie et autant de livres d'artiste.

Prix de la Francophonie à Agen en 2001; Prix européen de poésie Dante 2018.


PUBLICATIONS

NOTE BIOGRAPHIQUE

DERNIERS RECUEILS ET NOTES CRITIQUES

PRINCIPALES TRADUCTIONS ET NOTES CRITIQUES

EXPOSITIONS :

24 POÈMES (œuvres d'artistes internationaux sur les poèmes de l'auteur)

LA VIE AU SOL (haïkus et photographies de l'auteur)

CARTES POSTALES (photos et haïkus de l'auteur)

VIDÉOS ET TANGUE LA LANGUE de BENOIT FALIZE et CORPS ET ÂME de JEAN-DENIS BONAN

CHOIX DE POÈMES

PUBLICATIONS

POÉSIE

La journée est bien partie pour durer (Paris, Saint-Germain-des-Prés, 1972)
L'eau bascule (RmqS, Méry-sur-Oise, 1972)
Le soir avec les autres (Paris, sept poèmes avec gravures sur bois d'Alix Haxthausen, G.D., 1978)
Le pont verbal (Paris, SGDP, coll. « Poètes contemporains », 1980)
Les choses sensibles (Montréal, l'Hexagone, 1989)
Les quinze apôtres (Paris, avec dessin de Michel Mousseau, 1989, réédité avec quinze nouveaux poèmes en 1994 sous le titre Les trente apôtres)
L'eau (poème, H.C., avec sept lavis d'Yves-Marie-Heude, 1994)
La condition terrestre (Charlieu [Loire], La Bartavelle, 1995)
The Distribution of Bodies (édition bilingue, trad. John F. Deane, Dublin, Dedalus Press, 1995)
Gravitations (édition bilingue, traductions de John F. Deane, avec eaux-fortes de Michèle Dadolle, Paris, Signum, 2001)
La nuit des millepertuis (Montréal, Editions Trois ; Paris, le Temps des cerises, 2002)
L'instant prodigue (Amay, l'Arbre à paroles, 2003)
Comme un huart (poème avec gravures d'Atsuko Ishii, Paris, Transignum/Daniel Leuwers, 2004)
La pluie des pluies (Grenoble, le Pré carré, 2005)
Savoirs (deux poèmes avec dessins-collages de Claudie Laks, coll. "Eventails" Daniel Leuwers, 2005)
Cicatrice (poème avec traduction de Jan Owen et cinq collogravures d'Irène Scheinmann, Transignum, coll. "5/5", 2005)
Un amour isocèle (trois poèmes avec gravures d'Atsuko Ishii, Belgique, éditions Tandem, 2005)
Les pièces du paysage (sept poèmes, dessins et collages de Sarah Wiame, traductions de Sarah Wicks, Paris, Céphéides, 2006)
Sculptures sur prose (neuf poèmes, dessins de Wanda Mihuleac, traductions de Jan Owen, Paris, Transignum, 2007)
Parbleu (poème, avec acrylique originale d'Erolf Totort, Paris, Transignum, 2008)
Sans partir du début (poème, avec et à partir d'oeuvres graphiques de Wanda Mihuleac, Transignum, 2010)
Veilleur sans sommeil (préface d'Henri Meschonnic, Montréal, Le Noroît / Paris, le Temps des Cerises, 2010)
Paysages et personnages (Montréal, Le Noroît, 2012)
Quarante-sept stations pour une ville dévastée (Le Noroît, 2014)
Suite en rouge mineur (recueil/livre d'artiste, illustré par Wanda Mihuleac, Paris, Transignum, 2017)
Au sortir de l’eau (livre-coffret de quinze cartes postales au format A5, avec photographie au recto, haïku et graphisme carte postale au verso, Paris, Transigum, 2019)
La vie au sol, haïkus et photographies, avec préface de Christian Noorbergen (Paris, Transigum, 2019)

A paraître en 2020 :

  • Ailleurs est partout chez lui, haïkus avec encres de Marie Falize et préface de Zéno Bianu (Montélimar, éditions Voix d'encre)
  • Tarde Abedul / Bouleau du soir, recueil de la poète argentine Alejandra Mendez (édition bilingue espagnol-français, Paris, éditions Reflets de lettres)
  • Paysajes y personajes / Paysages et personnages (édition bilingue français-espagnol, poèmes de Jacques Rancourt traduits par Marta Miranda, Buenos Aires, éditions Leviatán)


TRADUCTIONS

La Brèche (Break-Through), édition bilingue, poèmes de Lindy Henny, poète britannique, Paris, SGDP, 1981
« Quatre poètes américains d'aujourd'hui », dans la revue Poésie 88 : Robert Creeley, Denise Levertov, Galway Kinnell et August Kleinzahler (Paris, décembre 1988)
« L'imaginaire irlandais », dans la revue Poésie 95 : poèmes de John F. Deane, Seamus Heaney et John Montague (Paris, décembre 1995)
« Poésie - Ecosse », dans le Journal des poètes : Tim Cloudsley, Jeffrey Burrows, Richard Burton, Stan Bell, Basia Palka et Alistair Paterson (Bruxelles, n° 3, avril 1996)
L'ombre du photographe, édition bilingue, poèmes du poète irlandais John F. Deane (Vénissieux, éditions Paroles d'aube, 1996).
Portrait d'une feuille comme oiseau (Portrait of a Leaf as Bird), édition bilingue, sept poèmes de Susan Wicks avec dessins et collages de Sarah Wiame, Paris, Céphéides, 2007)
The Attic, édition bilingue, poèmes du poète australien Alex Skovron, PEN Melbourne, 2013
Le musée du temps, poèmes du poète israélien Amir Or, traduits de l'hébreu et de l'anglais, en collaboration avec Aurélia Lassaque et l'auteur
Dans quel sens tombent les feuilles, édition bilingue anglais-français, choix de poèmes poèmes du poète singapourien Toh Hsien Min (Paris, éditions Caractères, 2016)
Los espejos de Carlos/Les miroirs de Carlos, poèmes de Néstor Ulloa, poète hondurien (Paris, éditions La Traductière, 2018)

ESSAIS

« Livre II, Québec », in la Poésie contemporaine de langue française (Paris, SGDP, 1973, sous la direction de Serge Brindeau)
Poètes et poèmes contemporains - Afrique-Antilles (Paris, ACCT -Saint-Germain-des-Prés, 1980)
« La Littérature québécoise du XXe siècle » et « la Littérature négro-africaine de langue française » in Histoire littéraire de la France (tome XII, Paris, Editions sociales, 1980)
La traversée du paysage, essai sur la poésie de Maryline Desbiolles (Victoria, Australian Journal of French Studies, et Nice, Grégoire Gardette éditeur, 1997)
De la traduction à la traduction de poésie, dans la revue Liberté : essai, suivi de traductions de la poète américaine Leslie Ullman (Montréal, février 1993)
The Ethical Dimension of Translation (Melbourne, revue Etchings n° 6, 2009)

ANTHOLOGIES

Poésie du Québec : Les premiers modernes (Paris, Poésie I n° 35, 1974)
La nouvelle poésie du Québec (Paris, Poésie I n° 36, 1974)
Poètes de l'identité québécoise, suivi de Les voix nouvelles (Paris, Poésie I n° 96-98, 1982)
La poésie érotique du XXe siècle (Paris, la Pibole, 1980)
French Poets of Paris (numéro spécial de la revue The Chariton Review, Truman State University, Missouri, USA, juin 1996)
Figures d'Haïti - 35 poètes pour notre temps (Paris, le Temps des Cerises ; Trois-Rivières, les Ecrits des forges, 2005)
Antilles-Guyane : anthologie de poésie antillaise et guyanaise de langue française (Paris, le Temps des cerises, 2006)

NOTE BIOGRAPHIQUE

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      Poète né à Lac-Mégantic, au Québec, en avril 1946, Jacques Rancourt a fait une licence de lettres à l’Université Laval. Il est ensuite allé compléter ses études à Paris en 1971, avec un mémoire de maîtrise sur la revue française de poésie le Pont de l’Epée et une thèse de doctorat (Paris III) sur la poésie africaine et antillaise de langue française. Parallèlement, entre 1971 et 1976, il a participé à la rédaction de La poésie contemporaine de langue française depuis 1945, sous la direction de Serge Brindeau, a publié deux numéros de la revue Poésie I sur la poésie québécoise, ainsi que son premier recueil de poèmes, La journée est bien partie pour durer, en 1974.

      Depuis, une douzaine de recueils et autant de livres d'artiste ont suivi suivi. Un choix de ses poèmes 1974-2008 a été réuni en 2010 sous le titre Veilleur sans sommeil, avec préface d’Henri Meschonnic, co-édité par les Editions du Noroît à Montréal et Le Temps des Cerises à Paris. Son recueil Quarante-sept stations pour une ville dévastée, récit-poème paru en 2014 sur la tragédie ferroviaire de sa ville natale, Lac-Mégantic a été traduit en anglais, en italien et en espagnol.

      Tout en continuant à publier des essais et anthologies de poésie de langue française, il a animé assez régulièrement, dans les années 1980 jusqu'au milieu des années 2000, des ateliers de création poétique à l'école et à l'université, en collaboration avec la Maison des écrivains et le rectorat de Créteil en France, avec la Maison de la poésie de Montréal au Québec, et aux Etats-Unis en 1992 à la Truman State University, dans le Missouri.

      Il a pris en 1982 la direction du Festival franco-anglais de poésie, où il a mis en oeuvre des ateliers de traduction réciproque entre poètes, a introduit progressivement la participation de peintres, sculpteurs, compositeurs et vidéastes, et créé en 1983 la revue la Traductière, qu’il a dirigée, comme le Festival, jusqu’en 2014.

      En 2016, il a assuré le classement et le dépôt des archives dudit Festival et de la Traductière à la Bibliothèque de l’Arsenal : des dossiers annuels de correspondance avec poètes, artistes et compositeurs, avec des organismes culturels, ainsi que quelques centaines d’œuvres graphiques, partitions musicales et films vidéo, l'ensemble étant désormais à la disposition des étudiants et chercheurs à la Bibliothèque nationale de France.

      C’est dans le cadre de ce même Festival qu’il s’est mis à la traduction de poésie, tantôt en revue, tantôt en recueil, notamment le poète irlandais John F. Deane, l’Israélien Amir Or, l’Australien Alex Skovron, le Singapourien Toh Hsien Min ou le poète hondurien Néstor Ulloa.

      De 1996 à 2005, il a par ailleurs été responsable du prix littéraire France-Québec, alors décerné dans le cadre de l'Association des écrivains de langue française. Il a en outre fait partie des jurys du Jeune Ecrivain de Toulouse, du Concours de poésie de l’Université Paris IV-Sorbonne, du Prix du roman France-Australie, de la Biennale internationale de la poésie de Liège et du prix Antonio-Viccaro du Festival international de la poésie de Trois-Rivières, dont il est toujours membre.  Il a reçu le prix de la Francophonie à Agen en 2001 ainsi que le prix européen de poésie Dante 2018.

      Sa propre poésie, qui lui a valu de nombreuses invitations à des rencontres internationales de poésie, a par ailleurs été traduite dans une dizaine de langues. Elle a aussi donné lieu en 2011-2012 à une exposition impliquant la participation d’une trentaine d’artistes de quinze pays différents (voir ci-haut "Exposition 24 Poèmes").

      Depuis 2016, à l'invitation du poète japonais Ban'ya Natsuishi, il s'est mis à l'écriture de haïkus, et cela parallèlement à la réalisation de photos sur le thème "La vie au sol". Cette activité a elle-même donné lieu à une exposition itinérante et est à l'origine d'une série de publications jumelant haïkus et photos initiée en 2019.

DERNIERS RECUEILS ET NOTES CRITIQUES

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Veilleur sans sommeil

Veilleur sans sommeil
(2010)

Paysages et
personnages
(2012)

Couve 47 FR

Quarante-sept stations
pour une ville dévastée
(2014)

Suite en rouge mineur

Suite en rouge mineur
(2017)

Vie au sol

La vie au sol
(2019 - pdf à télécharger)

PRINCIPALES TRADUCTIONS ET NOTES CRITIQUES

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John

L'ombre du photographe
de John F. Deane (Irlande - 1996)

Amir Or

Le musée du temps
d'Amir Or
(Israël)
(2013)

The Attic

The Attic
d'Alex Skovron (Australie)
2013

Toh Hsien Min

Dans quel sens tombent les feuilles de Toh Hsien Min (Singapour, 2016)

Ulloa

Les miroirs de Carlos
de Néstor Ulloa (Honduras, 2018)

 

EXPOSITION

"24 POÈMES"

EXPOSITION

"LA VIE AU SOL"

VIDÉOS

CARTES POSTALES

"AU SORTIR DE L'EAU"

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Exposition itinérante : travaux de 30 artistes de 15 pays différents.

Elle

Descriptif du projet
(télécharger le pdf)

Illustrations

Exposition comportant 45 photos
et haïkus de Jacques Rancourt
sur le thème "La vie au sol".

Ill_VAS

Et tangue la langue de Benoît Falize
réalisé en 1997 sur le
Festival franco-anglais de poésie

Tangue la langue

Corps et âme de Jean-Denis Bonan

Corps et âme

Livre-coffret comportant
15 cartes postales avec
photo au recto et haïku au verso

Couve ASE

 

CHOIX DE POÈMES

(tirés de Veilleur sans sommeil © tous droits réservés Le Noroît Éditeur)
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LA JOURNÉE EST BIEN PARTIE POUR DURER

Je me suis levé comme chaque matin
j’ai mis le pied sur chaque trottoir
chaque soleil lissait ses premières armes
l’escalier pour descendre ici a été blanc de tout son long
jamais je n’avais autant entendu voler les pigeons
chaque charrette patiente avec son vieux sur chaque versant du marché

le soleil a été matinal aujourd’hui
il remonte au bout des rues
la journée est bien partie pour durer

alors moi et chacun de mes fantômes que je me lance devant derrière comme des bulles
alors moi et mes fantômes nous refaisons l’escalier blanc
nous irons écrire des poèmes en tâchant de nous renvoyer la balle   de l’un à l’autre   le plus loin possible

 

LE PONT VERBAL

J’aurai déposé près du lit ma chemise de laine
et mes chaussures brunes
j’emprunterai le passage de la veille au sommeil
familier de ce pont trouvé en tâtonnant
puis je pourrai mourir du corps
ou revenir et me nourrir de peu
j’aurai fréquenté les choses sensibles

 

QUI SAIT DEMAIN...

Qui sait demain si la blancheur sera encore
un déguise-trou
ou un simple papier de cigarette
délicat autour de son tabac
que l’on fume puis une autre cigarette
comme l’eau du bain continue l’eau du bain
ou le bruit de la voiture
mais la vie est froissée à peine

 

LA MER AUTOUR DES YEUX

Celui qui part à pied poursuit à bicyclette
il oublie en chemin le poids de son bagage
un matin il arrive à Paris sous la pluie
ou retourne vers Montréal sachant bien où il va
il n’aura pas de comptes à rendre
la mer lui déborde autour des yeux
il retire son chapeau et prend sa place parmi les visages

 

IL AURA FALLU...

Il aura fallu longtemps pour venir jusqu’ici
il aura fallu
laisser le corps être le corps
cellule par cellule
ouvrir la lumière

 

LA CONDITION TERRESTRE

C’est vrai qu’on tombe
on tombe en permanence
heureusement on est au sol
on tombe de près
ou alors il faut un parachute
ou bien des ailes et qui appuient sur un air réfractaire

parfois aussi on va dans l’eau
la poussée d’Archimède est une solution douce
c’est l’assomption des corps

autrement on reste ici
on peut tomber sans crainte si l’on ne pèse que
soi-même
ce n’est pas le plus facile
on tombe et l’on remonte déjà

 

ESPACE HUMAIN

Accessible espace humain
mystère clef du mystère
les deux clochards de six heures dix
dorment comme des papes
dans la rame trois, sans s’occuper de
Paris qui défile ni des quatre degrés
de mi-janvier ; accessible inégale
demeure, le petit jour
promène son monde sans distinguer
les dormeurs-nés des vieux veilleurs
une main sur l’œil humain
l’autre sur la fille du cyclone

 

CŒUR A MOT

Cœur à cœur avec les mots et ce
repli des choses qui attendaient

leur tour d’entrer dans l’ordre du
réel comme si celui-ci n’avait

toujours été qu’un rêve ambigu
et surtout passager, si

passager si obstiné pourtant
que tôt ou tard il faudrait bien

passer au chose à chose avec les
mots, quitte à mourir muet une dernière fois

 

HOMOGENÈSE

Au commencement était le corps, or le corps était une âme, à muscles lents et à cuir chevelu. Le vent arrivait de biais et repartait vers la mer. La croûte terrestre donnait sur la voûte céleste. Or le corps était un homme, à gestes lents et à tube digestif. Il vit le vent, et fit vibrer ses cordes vocales. La voûte céleste parut toucher la croûte terrestre. Puis la pluie s’interposa. Il vit la pluie, il lui donna un nom. Il en donna un aussi au soleil qui s’ensuivit.
Au commencement était le corps, et le verbe était à l’intérieur. Les muscles coulissaient contre les os, la peau évacuait la vapeur d’eau. Il y eut un corps, il y eut un matin, l’âme était une femme, une fleur de chair à réciter la chair.
Le vent revenait de loin, il remontait le temps à cheval sur sa pluie qui jouait dans les mares. Quand le soleil sonna il était bien midi. La croûte terrestre faisait partie de la voûte céleste, elle était bleue vue de loin, elle se déplaçait avec l’espace. La femme tenait un livre où il était question d’Appalachiens. Personne n’est partout, disait-elle à ses fils, et elle leur prenait les mains. Le dessert n’était pas encore servi, la radio rejouait Bach, peut-être Alfred Deller, nous n’étions pas mécontents d’être venus ici. Il descendait des gouttes de pluie sur les vitres de la cuisine, le temps parlait à l’indicatif présent, le corps était une âme, à muscles lents et à cuir chevelu, il regardait luire le feuillage contre la voûte optique du ciel.

 

 

UN MATIN PARFOIS

un matin parfois
tous les métros vous passent dessus
on a oublié son parapluie
on casse sa clef aussi
le vent ne veut pas rester dehors

on tombe on dort à tous les étages

 

ON DIT...

on dit
la mer polira d’abord ses naufragés
si l’on veille à rester très calme
la neige nous montera jusqu’aux épaules

un peu grecques un peu québec
des âmes s’attendront sur toutes les rives
elles apprendront à la mer à nager

entre le coude et les côtes
leur petite malle invraisemblable
insistante

jamais midi jamais minuit
mais le temps qui sans cesse se fige à l’oblique
saluant les rues très grecques
ou confirmant la neige à québec

 

DU CHARIOT OU D'ALTAÏR

Selon que l’on provienne du Chariot ou d’Altaïr
selon que l’on arrive sur le dos ou sur le ventre
le Cygne est à droite ou à gauche de Véga

Il faut pour ce voyage des boissons fraîches
et des ailes à double semelle

 

SOUDAIN TU TES MISE A DORMIR

Soudain tu t’es mise à dormir
ta main chaude et d’une seule pièce
j’ai pensé nous avons le nord aux pieds et la tête vers le sud
ma mère à gauche la tienne à droite et l’Atlantique et le Pacifique
tu as commencé à respirer plus fort et j’ai pensé aux étoiles d’en face
nous avions la Terre dans le dos
rien du Vietnam ni rien de l’Ethiopie
ne parvenait jusqu’à nous
rien non plus du Chili
au moment de mourir on chuchotait à peine
j’ai pensé encore il y a des vaches dans les étables
et le lait
on danse dans des salles
tu dormais dans le calme
j’ai chuté aussi
alors les étoiles ont dû se mettre à nous bombarder

 

UN SIMPLE APRÈS-MIDI

Un simple après-midi
silence
et quelque mouche passe à propos
ou c’est la pluie qui redescend
mon coeur se serre encore une fois
est-il bon de se taire
il est doux de se rendre
les toits luisent sans déplaisir
le ciel dispense un blanc liquide
est-ce moi qui respire
ou l’air qui me respire
comme il bouge les feuillages et soutient les nuages
je touche à la fin du poème et c’est peu dire
je touche à peine par terre
il me faudra rentrer dans la peau du monde choses
le monde anthropomorphe me serre toujours le cœur

 

L'ÉTERNITÉ DOUTEUSE...

L’éternité douteuse à quatre heures du matin
entre par les faubourgs
force un arbre
se réabonne à Dieu
nos corps dorment encore au gré de chaque lit
la nuit leur a tracé d’étranges itinéraires
puis les rues boivent à verse la lumière abondante
une petite pluie fine dissout l’éternité

 

SCULPTURE

Le lendemain la poudrerie était là ; il ne restait que les maisons pour contempler le paysage, car les hommes comme le bleu du ciel semblaient attendre la fin des temps pour reparaître ; cela dura cinq jours ; les premiers à ressortir purent contempler à loisir, de la neige dans les sourcils, le travail apaisant du silence sur lui-même

 

TISSU FRAGILE

Il ne suffira pas de quelques mots velus
pour loger les dormeurs du métro
pour abriter les vagabonds des villes

il se trouve un moment où le tissu
social se déchire   suivant les uns sur leur
lancée
rayant les autres à demi-mots

 

FIL D'HORIZON

Sur ce fil d’horizon
simple
sur cette nuit d’horizon
il y a une pleine lune qui se joue au ballon
il y a la lumière d’une journée lourde
qui s’évapore dans l’air noirci

Sur cette lame d’horizon
vont périr
les grands débats du petit jour
les idées courtes d’après la sieste
il y a la ligne des épaules
qui se réjouit de tant de calme
il y a le fond du cœur
qui se déleste de ses scories

Sur cet arc d’horizon
vient se greffer
le tissu distendu des étoiles
l’univers en lui-même
commence ici
par cette lumière quasi parfaite
le cœur grésille
sous la ligne des épaules
la ligne des épaules
oscille
dans l’axe de sa galaxie