Jacques Rancourt

Jacques Rancourt


Jacques Rancourt, né à Lac-Mégantic au Québec le 6 avril 1946 et vivant à Paris depuis 1971, est poète, traducteur, essayiste et auteur d'anthologies. Il a dirigé pendant plus de trente ans le Festival franco-anglais de poésie et la revue internationale de poésie et art visuel la Traductière, qu'il a créée en 1982.


ENTRETIENS SUR LA POÉSIE

DERNIERS RECUEILS PARUS

"Corps et âme"

film vidéo réalisé
par Jean-Denis Bonan

Entretien du 24 juin 2015 avec Hans G. Ruprecht

Radio CKCU-FM93.1Literary News

 

47St

Forty-seven Stations for a Ravaged Town (2015)

47 Stations

Quarante-sept stations
pour une ville dévastée (2014)
Notes de lecture

Paysages et
personnages (2012)

 

TRADUCTIONS RÉCENTES

EXPOSITION 24 POÈMES

Veilleur sans sommeil

Veilleur sans sommeil
(2010)

Amir Or

Le musée du temps
d'Amir Or (Israël)
(2013)

The Attic

The Attic
d'Alex Skovron (Australie)
2013

24 poèmes

Exposition itinérante : travaux
de 30 artistes de 15 pays
- Descriptif du projet
- Accès aux illustrations

LIENS

Printemps des poètes Maison des écrivains Festival franco-anglais de poésie
et la Traductière
Site de Claude Ber

NOTICE BIOGRAPHIQUE - PUBLICATIONS - POÈMES

NOTICE BIOGRAPHIQUE

Jacques Rancourt est né en avril 1946 au Québec, à Lac-Mégantic, où il a vécu jusqu’à l’âge de seize ans, avant d’aller compléter ses études secondaires à Sherbrooke. Reparti enseigner deux ans dans sa ville natale à partir de 1966, il effectue ensuite une licence de lettres à l’université Laval, puis part poursuivre ses études à Paris, avec une maîtrise à Nanterre sur la revue de poésie française le Pont de l’Epée, puis un doctorat à la Sorbonne sur la poésie africaine et antillaise. Entre 1971 en 1976, parallèlement à son cursus universitaire, il collabore à Paris avec les éditions Saint-Germain-des-Prés, dont il entre au comité de rédaction et pour lesquelles il prépare successivement un essai sur la poésie québécoise, qui paraît en 1973 dans la Poésie contemporaine de langue française, et deux numéros de la revue Poésie I consacrés au Québec.

Après ses études universitaires, toujours à Paris, il travaille dans l’édition et dans la presse, tout en poursuivant ses activités poétiques (écriture, lectures de poèmes, traduction, essais, anthologies…). Invité en 1977 à un festival franco-britannique de poésie, il collabore à l’organisation de celui-ci à partir de l’année suivante. En 1982, alors que la créatrice de cette manifestation a renoncé à reconduire l’initiative, il prend la relève, et, sous son impulsion, le désormais « Festival franco-anglais de poésie » met en place des ateliers de traduction entre poètes des deux langues, et fait appel à des artistes et musiciens pour la création d’œuvres autour de la poésie. C’est dans ce cadre qu’il crée en 1983 la revue de poésie et d’art visuel la Traductière, revue annuelle qui reçoit comme fonction initiale de recueillir les traductions multiples et créations visuelles réalisées autour d’un même poème ; avec son comité de rédaction et à travers des numéros thématiques, il la fera ensuite évoluer vers la création poétique et vers la réflexion sur la poésie, sur la traduction et le devenir de la société contemporaine ; il l’ouvrira aussi à des poètes d’autre langues, par-delà le français et l’anglais.

La publication de sa propre poésie s’est répartie, depuis La journée est bien partie pour durer en 1974, en une douzaine de recueils et autant de livres d’artiste. Les éditions du Noroît, à Montréal, ont publié en 2010, en co-édition avec le Temps des Cerises à Paris, une rétrospective de ses poèmes intitulée Veilleur sans sommeil, préfacée par Henri Meschonnic. Son dernier recueil, Quarante-sept stations pour une ville dévastée (récit-poème sur la tragédie ferroviaire survenue dans sa ville natale, Lac-Mégantic, en juillet 2013), a paru à l’été 2014 aux éditions du Noroît. Des poèmes de lui et des articles sur la poésie et sur la traduction ont également paru en revue et en anthologie dans une quinzaine de pays.

Résidant à Paris tout en séjournant fréquemment au Québec, il voyage par ailleurs souvent à travers le monde, à titre personnel comme pour ses activités dans le domaine littéraire. En 2011, suite à une initiative de l’artiste roumain Mircea Bochis, directeur du Museul Florean de Baia Mare, trente artistes de quinze pays différents ont créé des œuvres sur un choix de ses poèmes, donnant ainsi naissance à une exposition itinérante intitulée 24 Poèmes / 24 Poems, comportant une centaine d’œuvres individuelles et quatre livres d’artiste.

PUBLICATIONS

POÉSIE

La journée est bien partie pour durer (Paris, Saint-Germain-des-Prés, 1972) L'eau bascule (RmqS, Méry-sur-Oise, 1972)
Le pont verbal (Paris, SGDP, coll. « Poètes contemporains », 1980)
Les choses sensibles (Montréal, l'Hexagone, 1989)
Les quinze apôtres (Paris, avec dessin de Michel Mousseau, 1989, réédité avec quinze nouveaux poèmes en 1994 sous le titre Les trente apôtres)
La condition terrestre (Charlieu [Loire], La Bartavelle, 1995) / Distribution of Bodies (édition bilingue, trad. John F. Deane, Dublin, Dedalus Press, 1995)
La nuit des millepertuis (Montréal, Editions Trois ; Paris, le Temps des cerises, 2002)
L'instant prodigue (Amay, l'Arbre à paroles, 2003)
La pluie des pluies (Grenoble, le Pré carré, 2005)
Veilleur sans sommeil (préface d'Henri Meschonnic, Montréal, Le Noroît / Paris, le Temps des Cerises, 2010)
Paysages et personnages (Montréal, Le Noroît, 2012)
Quarante-sept stations pour une ville dévastée (Le Noroît, 2014)

LIVRES D'ARTISTE

Le soir avec les autres (Paris, sept poèmes avec gravures sur bois d'Alix Haxthausen, G.D., 1978)
L'eau (poème, H.C., avec sept lavis d'Yves-Marie-Heude, 1994)
Gravitations (édition bilingue, traductions de John F. Deane, avec eaux-fortes de Michèle Dadolle, Paris, Signum, 2001)
Comme un huart (poème avec gravures d'Atsuko Ishii, paris, TranSignum/Daniel Leuwers, 2004)
Savoirs (deux poèmes avec dessins-collages de Claudie Laks, coll. "Eventails' Daniel Leuwers, 2005)
Cicatrice (poème avec traduction de Jan Owen, avec cinq collogravures d'Irène Scheinmann, TranSignum, coll. "5/5", 2005)
Un amour isocèle (trois poèmes avec gravures d'Atsuko Ishii, Belgique, éditions Tandem, 2005)
Les pièces du paysage (sept poèmes, dessins et collages de Sarah Wiame, traductions de Sarah Wicks, Paris, Céphéides, 2006)
Sculptures sur prose (neuf poèmes, dessins de Wanda Mihuleac, traducuctions de Jan Owen, Paris, Transignum, 2007)
Parbleu (poème, avec acrylique originale d'Erolf Totort, Paris, Transignum, 2008)
Sans partir du début (poème, avec et à partir d'oeuvres graphiques de Wanda Mihuleac, TranSignum, 2010)

ESSAIS

« Livre II, Québec », in la Poésie contemporaine de langue française (Paris, SGDP, 1973, sous la direction de Serge Brindeau)
Poètes et poèmes contemporains - Afrique-Antilles (Paris, ACCT -Saint-Germain-des-Prés, 1980)
« La Littérature québécoise du XXe siècle » et « la Littérature négro-africaine de langue française » in Histoire littéraire de la France (tome XII, Paris, Editions sociales, 1980)
La traversée du paysage, essai sur la poésie de Maryline Desbiolles (Victoria, Australian Journal of French Studies, et Nice, Grégoire Gardette éditeur, 1997)
De la traduction à la traduction de poésie, dans la revue Liberté : essai, suivi de traductions de la poète américaine Leslie Ullman (Montréal, février 1993)
The Ethical Dimension of Translation (Melbourne, revue Etchings n° 6, 2009)

PUBLICATIONS (suite)

ANTHOLOGIES

Poésie du Québec : Les premiers modernes (Paris, Poésie I n° 35, 1974)
La nouvelle poésie du Québec (Paris, Poésie I n° 36, 1974)
Poètes de l'identité québécoise, suivi de Les voix nouvelles (Paris, Poésie I n° 96-98, 1982)
La poésie érotique du XXe siècle (Paris, la Pibole, 1980)
French Poets of Paris (numéro spécial de la revue The Chariton Review, Truman State University, Missouri, USA, juin 1996)
Figures d'Haïti - 35 poètes pour notre temps (Paris, le Temps des Cerises ; Trois-Rivières, les Ecrits des forges, 2005)
Antilles-Guyane : anthologie de poésie antillaise et guyanaise de langue française (Paris, le Temps des cerises, 2006)

TRADUCTIONS

La Brèche (Break-Through), édition bilingue, poèmes de Lindy Henny, poète britannique, Paris, SGDP, 1981
« Quatre poètes américains d'aujourd'hui », dans la revue Poésie 88 : Robert Creeley, Denise Levertov, Galway Kinnell et August Kleinzahler (Paris, décembre 1988)


TRADUCTIONS (suite)

« L'imaginaire irlandais », dans la revue Poésie 95 : poèmes de John F. Deane, Seamus Heaney et John Montague (Paris, décembre 1995)
« Poésie - Ecosse », dans le Journal des poètes : Tim Cloudsley, Jeffrey Burrows, Richard Burton, Stan Bell, Basia Palka et Alistair Paterson (Bruxelles, n° 3, avril 1996)
L'ombre du photographe, édition bilingue, poèmes du poète irlandais John F. Deane (Vénissieux, éditions Paroles d'aube, 1996).
Portrait d'une feuille comme oiseau (Portrait of a Leaf as Bird), édition bilingue, sept poèmes de Susan Wicks avec dessins et collages de Sarah Wiame, Paris, Céphéides, 2007)
Los espejos de Carlos/Les miroirs de Carlos, poèmes de Néstor Ulloa, poète hondurien (15 poèmes parus dans la revue Exit, Montréal, décembre 2009, recueil à paraître aux éditions L'Oreille du loup)
The Attic, édition bilingue, poèmes du poète australien Alex Skovron, PEN Melbourne, 2013
Le musée du temps, poèmes du poète israélien Amir Or, traduits de l'hébreu et de l'anglais, en collaboration avec Aurélia Lassaque et l'auteur

 

POÈMES

UN SIMPLE APRÈS-MIDI

Un simple après-midi
silence
et quelque mouche passe à propos
ou c'est la pluie qui redescend
mon coeur se serre encore une fois
est-il bon de se taire
il est doux de se rendre
les toits luisent sans déplaisir
le ciel dispense un blanc liquide
est-ce moi qui respire
ou l'air qui me respire
comme il bouge les feuillages et soutient les nuages
je touche à la fin du poème et c'est peu dire
je touche à peine par terre
il me faudra rentrer dans la peau du monde choses
le monde anthropomorphe me serre toujours le coeur

 
Les choses sensibles, 1989,
rééd. Veilleur sans sommeil, 2010

ONE SIMPLE AFTERNOON

One simple afternoon
silence
and a fly, appropriately, passes
or perhaps the rain is falling again
my heart is wrung once more
is it good to keep quiet
it is sweet to surrender
the roofs shine without displeasure
the sky releases a white liquid
is it I who am breathing
or the air that is breathing me
the way it stirs the foliage and sustains the clouds
I come near the end of the poem and it's not much
I have hardly come to ground
I'll have to enter again the flesh of worldly things
the anthropomorphic world that goes on wringing my heart

tr. John F. Deane


Distribution of Bodies
(Dublin, © Dedalus Press, 1995)

OLLIOULES

Il n'y a rien dans cette tasse
la rue est vide aussi
C'est ainsi que les chaises
restées seules avec la table
forment un carré parfait
Le silence à lui seul ne renchérit en rien
sur la lumière
Les fleurs sont immortelles
comme jadis les chevelures des déesses
Or le temps ne passe plus
Nous ne reverrons pas les royaumes abolis
le sang est bien trop sec
et les aurores si boréales

 

La condition terrestre, 1995,
rééd. Veilleur sans sommeil, 2010

OLLIOULES

There is nothing in this cup
and the street is empty too
In the same way the chairs
left alone with the table
form a perfect square
Silence by itself does not improve at all
on the light
Flowers are immortal as once
were the heads of hair of our goddesses
Now time is no longer passing
We won't see again abolished kingdoms
blood is far too dry
the aurora so borealis

tr. John F. Deane

Distribution of Bodies
(Dublin, © Dedalus Press, 1995)

LA DISTRIBUTION DES CORPS

Avec tout le temps qu'il fait
chacun en a pour son argent
ou l'argent qu'il n'a pas

c'est un peu la même chose
mais c'est aussi l'inverse

ce n'est pas qu'une question d'argent
d'ailleurs

d'ailleurs
tout commence
à la distribution des corps

il y en a pour tout le monde
il n'y en a qu'un chacun
pour toute une vie

il y a bien de quoi fumer sa pipe
ce n'est pas la fumée qui s'en plaindra

il vaut mieux ne pas se plaindre
d'ailleurs

d'ailleurs
les plus à plaindre ne font qu'un bruit de fond

Avec tout le temps qu'il fait
et les absences qu'il a

le jeu des corps
pèse sur l'âme
et l'âme arrive trop tard pour porter plainte

c'est aussi une question d'argent
d'ailleurs

D'ailleurs
Avec tout l'argent qu'il fait
et le temps c'est encore de l'argent

les uns tirent le meilleur du pire
d'autres font des tabacs

il y en a qui n'ont rien à tirer
ils tirent la queue du diable

A la distribution des corps
tous les hommes sont égaux
à eux-mêmes

le reste n'est que du vent
qui se perd dans l'espace

le reste dépend du vent
qui opère dans l'espace

Car
avec tout le vent qu'il fait
sans parler de l'espace
mais parlons-en

Car
avec tout l'espace qu'il fait
et le temps c'est de l'espace en plus

le vent souffle à discrétion
il souffle infiniment

Dieu sait pourquoi dans les planètes
personne n'a trouvé
enseigne où porter plainte

il y a du vent dans la voilure
il y a du sang dans l'embrasure

le choeur des corps ne fait qu'un bruit très sourd

 

La condition terrestre, 1995,
rééd. Veilleur sans sommeil, 2010

THE DISTRIBUTION OF BODIES

With all the time that falls about us
everyone gets a little for his money
or the money he hasn't got

it's more or less the same thing but it is, too, the other way around

it's not only a question of money
anyway

anyway
it all begins
with the distribution of bodies

there is some for everyone
there is only one to each person
for a whole lifetime

now that's a good reason for smoking one's pipe
and it's not the smoke that will complain

it's better not to complain at all
anyway

anyway
those who complain most merely make scratching noises

With all the time that falls about us
and the blackouts that there are

the game of bodies
weighs heavily on the soul
and the soul's too late to whine about it

it's also a question of money
anyway

Anyway
With all the money that falls about us
and time of course is still money

some can pull the fat out of the fire
others can pull some very fine strokes

there are some who have nothing to pull on t
hey pull the devil's tail

At the distribution of bodies
all men are equal
to themselves

anything else is merely wind
that loses itself in space

anything else depends on the wind
that operates in space

For
with all the wind there is about us
without speaking of space
but what the hell let's speak of it

For
with all the space that falls about us
and time besides is space

the wind is blowing where it will
blowing infinitely

God knows why among all the planets
no one has ever found
somewhere to lodge complaints

there is wind up in the shroud
in the window-ledge there's blood to be found

the choir of bodies makes only a very dull sound

tr. John F. Deane

Distribution of Bodies
(Dublin, © Dedalus Press, 1995)

IMAGES DE GUERRE, GUERRE DES IMAGES

Les guerres créent souvent
un problème bien plus vaste

les pertes d'un camp sont largement supérieures
à celles de l'autre

ce sont des images très simples
ce n'est pas un événement sportif

on a montré des morts innocents, il faut montrer
l'équivalent artistique de la force atomique

on distingue le cadavre d'un jeune garçon
en train de gagner la guerre des image

 

(Sculptures sur prose,
avec dessins de Wanda Mihuleac
et traductions de Jan Owen, Paris, Transignum, 2007)

(Le recueil Sculptures sur prose a été réalisé en avant-première de l'opération
Sculpture sur prose lancée en 2007 par le Festival franco-anglais de poésie
et les éditions TranSignum ; ce poème a été poème écrit d'après l'article
de Lorne Manly « Images de guerre, guerre des images », paru dans
Courrier international n° 825 du 24 au 30 août 2006, page 51)

IMAGES OF WAR, WAR OF IMAGES

Wars often create
an even greater problem

the losses on one side are highly superior
to those on the other

these are simple images
this is not a sporting event

they have shown us the innocent dead, they must show us
the artistic equivalent of atomic power

you can distinguish the corpse of a young man
engaged in winning the war of images

 

tr. Jan Owen