Iain BAMFORTH

WORDS OF ONE SYLLABLE *

Who knows why they leave, but they do.
The wind flaps, and gives no sign
though the risk breathes a hint of wolf.
They boast, they limp out on a curse
though they can't tell which. Sheep look up
coal-faced, at the edge of the deep.

They yawn, they nod, they look and loom,
and love, it goes to a dark shed.
This is the word, and this is the life
spat on, got through, worn out, gone from.
Old hats are damp where heads are:
deep in the ground, dense in the air.

Dark folds of days would mean as much.
Small fish get worked to the bone.
And down the mines, the air is sour;
grown cold, it creeps in the door
to tea and scones. They feed on that,
sit side by side, and talk true grit.

Who knows, the days could mean no worse.
The harm is done and sons go out
though they walk on salt and dig for less.
Faces at the door are all at sea
when one says, dear, it'll be fine but.
Now they leave not a word says not.

(Sons and Pioneers, Manchester,   
Carcanet, 1992, p. 106)
  

MOTS D'UNE SEULE SYLLABE

Qui sait dans quel but ils s'en vont, mais ils le font.
Le vent bat, et ne fait point signe
bien que le risque ait un peu l'air d'un loup.
Ils font les fiers, s'en vont tant bien que mal sur un gros mot
bien qu'ils ne sachent quel il est. La brebis lève un Ļil
gueule-noire, au bord du puits sans fond.

Ils bâillent, ils font oui, ils voient et se font voir,
et l'amour, il va dans un coin noir.
C'est le mot, et c'est la vie
sur quoi l'on crache et que l'on passe et que l'on use et dont on part.
Les vieux chapeaux sont pleins d'eau là où il y a des têtes :
loin dans le sol, et plein en l'air.

Les plis noirs des jours en eussent dit autant.
Le menu fretin est eu jusqu'à l'arête.
Et l'air est âcre au fond des mines ;
froid, par la porte il se glisse
jusqu'au thé et aux scones. De ça ils se nourrissent,
côte à côte, en parlant de vrai cran.

Qui sait, les jours ne sauraient peut-être être pires.
Le mal est fait et les fils s'en vont
bien que ce soit sur du sel et qu'ils creusent pour moins.
Les visages au seuil sont largués
quand l'un dit, oui, ça ira bien mais.
Ils s'en vont et pas un mot ne dit non.

(tr. Robert Davreu)



*Poème de Iain Bamforth avec traductions de Jacques Rancourt et Robert Davreu, La Traductière n° 12-13, p. 52-53 (traduction de Jacques Rancourt ci-avant).
© La Traductière 1995, tous droits réservés.