CÉCILE OUMHANI

© Thierry Hensgen/Institut Français

Née en Belgique, Cécile Oumhani a grandi entre les langues et entre les lieux. D’abord à mi-chemin entre les mondes anglophones et francophones, elle a ensuite développé des liens privilégiés avec la Tunisie, qui a inspiré plusieurs de ses romans et certains de ses poèmes.

Elle est poète et romancière.

Recueils :

A l’abside des hêtres, Centre Froissart, 1995, 
 Loin de l’envol de la palombe, La Bartavelle, 1996, 
Vers Lisbonne, promenade déclive, Encres Vives, 1997, 
Des sentiers pour l’absence, Le Bruit des Autres, 1998, Chant d’herbe vive, poèmes, avec des dessins de Liliane-Eve Brendel, Voix d’Encre, 2003, 
Demeures de mots et de nuit, Voix d’Encre, 2005, 
 Chant d'herbe vive et Demeures de mots et de nuit, traduction en russe par Elena Tounitskaïa, aux Editions Kommentarii à Moscou., 2008,
 Au miroir de nos pas, Encres Vives, 2008,
 Jeune femme à la terrasse, prose poétique, bilingue anglais-français, livre d'artiste avec trois originaux de Julius Balthasar, Al Manar, 2009,
 Temps solaire, avec des peintures de Myoung-Nam Kim, Voix d'encre, 2009, Los instantes silenciosos, poèmes traduits en espagnol par Rodolfo Hasler, chez Pen Press Ediciones, New York/Buenos Aires, 2009.

Anthologies les plus récentes :

L’année poétique 2009, direction Patrice Delbourg, Pierre Maubé et Jean-Luc Maxence, Seghers, 2009, Ecrire et peindre au-dessus de la nuit des mots, Voix d’encre, 2010, 11 9/Web Streaming Poetry, anthologie plurilingue, textes réunis par Manja Ristic et Tzveta Sofronieva à Belgrade, Supernova éditions, 2010, Nous la multitude, poèmes réunis par Françoise Coulmin, Le Temps des Cerises, janvier 2011, Enfances, regards de poètes, direction Bruno Doucey et Christian Poslaniec, éditions Bruno Doucey, mars 2012, Métissage/ mes tissages, éditions de l’Arbre à Paroles, mars 2012.

Elle participe à des rencontres et des festivals en France et à l’étranger. A ces occasions, des sélections de ses poèmes ont été traduits en albanais, roumain, bulgare, espagnol, croate, serbe...

Publication d’une anthologie de poèmes de femmes :

Côté femmes : d’un poème l’autre, poèmes réunis avec la collaboration de Zineb Laouedj, éditions Espaces libres à Alger, en 2010.

Collaboration à des revues :

Europe, Thauma, La Traductière, Siècle 21..., Mouvances, revue canadienne, dirigée par Claudine Bertrand, Words Without Borders, revue américaine. Membre du comité de rédaction de Siècle 21

Romans :

Une odeur de henné, Paris-Méditerranée (Paris) et Alif (Tunis), 1999, réédité en format poche chez Elyzad, 2012, Les racines du mandarinier, Paris-Méditerranée, 2001, 
Un jardin à La Marsa, Paris-Méditerranée, 2003, 
Les racines du mandarinier, traduction en croate de Mihaela Vekaric, éditions Ljevak à Zagreb (Croatie)
2007, Plus loin que la nuit, éditions de l’Aube, 2007, réédité en format poche chez Chèvre-Feuille Etoilée, 2011, 
Le Café d'Yllka, éditions Elyzad, 2008, (Prix littéraire européen de l'ADELF 2009), Les racines du mandarinier, traduction en serbe par Olivera Jezdimirovic, aux éditions Stylos Art à Novi Sad en octobre 2009, L’atelier des Stresor, à paraître aux éditions Elyzad début 2012.

POÈMES

Jointures

Entre la nuit et l’aube le choc des pierres
comme mots mats
                               lancés par la vague
                               puis restés sans réponse

(lettres passées sur papier jauni
au fond d’un tiroir qui sent la cire)

Épris de ce goût du vent où roulent les nuages
À l’infini de fenêtres fermées
À tâtons
Nous cherchons sur la couture d’un drap
Le fil d’une histoire qui s’épuise
Et le nom de ces choses très simples
                                                           qui s’échappent glissent

(bleue et grise l’eau de la mer
 et  sur la peau l’odeur du large)

En vain les doigts
Dans la coulée lisse d’une rainure du bois
Traversent
La fraîcheur livide du marbre

(bleue et grise la lavande
brins égrenés dans un fond d’armoire)

Entre la nuit et l’aube
Enfoui comme autrefois
Enfui comme autres fois
L’écho perdu d’un battement d’horloge
devant était sans fin
demain était toujours

Métal froid contre la peau
Et sur le verre
Brève empreinte d’un souffle
Déposé en mémoire

La main se referme

Vouée peut-être à n’étreindre que le vide

(chemise de lin pliée
fût-elle portée même une fois ?)

 

 

Entre la nuit et l’aube
Passages muets
Jointures opaques
Où sceller les jours
Étroits comme des pierres

(sur la grève sans fin
les empreintes grises d’un oiseau égaré)

 

Et cet espoir d’une trace
Qui serait ombelle
Au faîte de midi

* * *

Saison de neige

l’aïeule taille mes draps
dans l’étoffe du ciel
remue mes rêves
avec la braise
et met le jour à lever
dans la cuisinière

tôt le matin
elle lave à grande eau
les ombres sur ses photos
en garde la paisible clarté
et l’énigme de ces noms
que j’égrène
avec des baies de sureau

sur son tablier
blotti contre le vieux chat tigré
le monde ronronne
entre ses doigts de lait

dehors
ivre de silence

la neige boit les collines
à perte de vue
et je cherche à mes pieds
où pourrait finir demain

je ne sais pas
que la neige brûle
au bout de ses gants troués

 

Cités d’oiseaux

À E.K

Les oiseaux habitent en nous
avec nos morts

À tire d’aile
ils défrichent le silence

    Voix coutumières
    d’obscurs chemins de plantes
    creusés loin
    entre passé et présent

 


Les oiseaux tendent au ciel les draps
qu’ils ont lavés dans la rumeur des torrents

Ils les laissent sécher au soleil
avant de les rendre à la nuit et aux arbres

Ils font nos lits de lin
frais comme la neige


 

Dès l’aube ils s’interpellent
d’un chevet à un autre

    Plongent
    de fenêtre en fenêtre
    trépignent, trillent
    et tambourinent aux vitres

Le matin
les oiseaux tirent le vin
et défont aux branches
les rubans blancs qu’ont noués les enfants


Tu vis
aujourd’hui
habitant de cités d’oiseaux
bâties haut dans le ciel

    Les oiseaux t’y enseignent
    leur abécédaire

Pour toi ils inscrivent
leurs tablettes d’argile
et frappent de leur bec
à ton seuil


Ni porte ni fenêtre
au périmètre de leur rêve
les oiseaux bâtissent leurs demeures
et servent le café
sous la lune
aux étoiles voyageuses


Pas de clef ou de serrure
à l’ampleur de leurs jours
ils désherbent leurs jardins
et cuisent le pain
dans des arbres creux
puis l’offrent
aux scarabées


Sans faim ni sommeil
pour taire leur chant
ils ajustent les cordes
aux violons des orchestres
et perchés le soir à leurs pupitres
donnent le la
à des musiciens égarés


       Ni mur ni vitre
       sur son chemin
       un oiseau vient heurter
       ton miroir
       étourdi, il se lève
       le temps d’un souffle
       porté des morts aux vivants
       puis disparaît dans la lumière