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Pourquoi le
filigrane ? Pourquoi poser la question aujourd'hui,
et pourquoi dans une revue de traduction ? -
Aujourd'hui d'abord parce que nous y sommes, et que
d'apprendre à lire les filigranes dans des
¦uvres contemporaines nous renseigne sur la
physionomie du présent, sensibilités
et antinomies confondues. Même quand
échappe le visage, qu'il s'efface comme le
veut John Burnside pour laisser place aux
ingrédients propres du poème, c'est
encore une démarche actuelle qui s'exprime,
qui énonce le maintien à distance du
lyrisme et le rétablissement circonspect du
sens.
Ce siècle n'est pas
revenu de ses illusions pour en embrasser d'autres.
Il a appris, souvent à ses dépens, la
modestie nécessaire aux ambitions de longue
haleine. Il ne meurt pas, mais il prépare
demain avec plus de vigilance. Ainsi de la
gravité, de la quête
d'authenticité avec lesquelles les
intervenants à la table ronde interrogent
les rapports du créateur à l'¦uvre :
rien n'est donné d'emblée, rien n'est
acquis, il faut chaque fois aller chercher en soi,
hors soi, la matière de l'¦uvre, trouver la
formule ponctuelle qui lui permettra
d'exister.
Ainsi le philosophe joyeusement
désenchanté de François
Hébert, la recette ravageuse de Lee
Harwood :
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- 1) Take a bath. / 2) Drink some
chocolate. / 3) Go to bed. -
et le Be
yourself provocateur de
Dennis O'Driscoll ; ainsi l'insistance de Maryline
Desbiolles à miser sur la clarté de
l'instant, ainsi ce désir fouillant
l'être de Sylviane Dupuis, ainsi encore un
William Meredith philosophant avec son estomac :
autant de désespoirs tactiques ou de
constructions attentives donnant à demain de
nouvelles chances.
L'heure n'est pas à
l'optimisme extérieur sans doute, on aurait
tort de croire qu'elle fût au pessimisme.
Elle serait plutôt au détachement,
à la prudence, à l'apparition
peut-être d'un désespoir
libérateur...
- Pourquoi le filigrane dans une
revue de traduction ? On aura pu le remarquer, la
question contient sa réponse. Car comment ne
pas voir, avec le rapprochement des traductions,
ces empreintes croisées entre poètes
et traducteurs, comment ne pas apercevoir la
démultiplication de sens ainsi
opérée ? François Boddaert
n'est pas Mary di Michele, c'est clair, mais l'un
comme l'autre arrive à s'emparer de
l'univers de son vis-à-vis, à le
translater dans sa langue collective et
personnelle. C'est le secret permanent de
la
Traductière : nous
n'agitons que des visages en filigrane...
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