26e Festival franco-anglais de poésie

Miroirs et frontières / Reflections and Borders - Montréal, avril-mai 2003

en collaboration avec la Maison de la poésie de Montréal

et dans le cadre du 4e Marché francophone de la poésie à Montréal

Poètes invités

Poètes

Notices biobibliographiques

Poèmes à traduire (Ateliers de traduction)
(tous droits réservés)

Chris Andrews
(Australie)

Chris Andrews est né à Newcastle (Australie) en 1962 et enseigne le français à l'Université de Melbourne. Il a reçu en 1999 le Gwen Harwood Memorial Poetry Prize. Auteur de deux recueils de poèmes, Septuor (avec traductions françaises de Jean-Paul Delamotte, la Petite Maison, 2001) et Cut Lunch (Indigo / Ginninderra, 2002), il a également publié une étude critique intitulée Poetry and Cosmogony: Science in the Writing of Queneau and Ponge (Rodopi, 1999) et une traduction du romancier chilien Roberto Bolaño : Nocturno (By Night in Chile) (Harvill, 2003).

Isolated Thunderstorms Developing

The amazing thing is how quiet it all looks
out the window after reading the paper,
depending on your window, but if the glass
is gone you probably won't be worrying
about air-traffic control, leaky tunnels,
libraries sold off piecemeal behind our backs
or the vast, serpentine question mark ahead
like the dotted outline of an inland sea
on charts of Terra Australis, assuming
there was glass there in the first place, or a frame,
not just the immediate staring at you.

E.D. Blodgett
(Canada, Alberta)

E.D. Blodgett est professeur émérite de l'université d'Alberta. Il a publié plus de dix recueils de poésie, parmi lesquels Da Capo: Selected Poems (Edmonton, NeWest Press, 1990),  Apostrophes. Woman at a Piano (Ottawa, BuschekBooks, 1996), pour lequel il a obtenu le prix du Gouverneur général du Canada et le Canadian Authors Association Award for Poetry, et une renga avec Jacques Brault, Transfiguration (BuschekBooks et Editions de Noroît, 1998), qui a aussi reçu le prix du Gouverneur général du Canada. Il a également traduit, de Jacques Brault, Au fond du jardin (At the Bottom of the Garden, Ottawa, BuschekBooks, 2001) et Ce que disent les fleurs (Speaking Flowers, à paraître au printemps 2003 chez Inkling Press, à Edmonton).

Palingenesis

When we returned, it seemed that other trees were standing on the round
horizons, birds were clinging to their branches that could not be known
to us, the brightness of their eyes resilient in the morning sun,
all of them &endash; the birds, the trees and branches &endash; etched against the sky
that we had never seen but recognized, the way they stood without
the barest motion given us in its eternity that was
beside us in the light, and people walked beneath them, faces filled

with their intent, unknown to us and known at once. There can be no
before to this, no afterward, horizons all there are where they
arrive and then depart like us, knowledge of what impels them not
within their ken, being the earth and what the earth remembers, its
returns against the sun the larger echo of the change of trees,
everyone walking underneath them with the certainty they are
forever here, the transience of stars engraved upon their brows.

Robert Dickson
(Canada, Ont.)

Robert Dickson a publié cinq recueils de poèmes, dont le plus récent, Humains Paysages en temps de paix relative, s'est vu attribuer le prix du Gouverneur général du Canada en novembre 2002. Il a établi la traduction française de Kaki (Frog Moon) de la romancière Lola Lemire Tostevin ; ses traductions anglaises du dramaturge Jean Marc Dalpé ont tenu l'affiche à Toronto, Montréal, Vancouver et au Festival de Stratford en Ontario. Il a également publié plusieurs traductions de poèmes dans La Traductière n° 18. Robert Dickson enseigne les littératures francophones du Canada à l'université Laurentienne à Sudbury (Ontario)

la seule musique ici le réfrigérateur ostinato
qu'éclairent deux chandelles vouées à la
noirceur et le stylo qui danse mal
&endash; habile alors qu'il n'y a pas de bombes
qui tombent au réveil si réveil il y a
je te regarderai au fond des mers bleu vert
une mélodie surgira de l'aube sans doute
laiteuse on se retrouvera peut-être en
cinq/quatre au rythme des minutes
de pointe on se chantera l'essentiel

Claire Malroux
(France)

Photo Bernard Bardinet
Festival franco-anglais de poésie

Poète française, Claire Malroux est l'auteur de six recueils aux éditions Rougerie : À l'arbre blanc, les Orpailleurs, Au bord, Aires, Entre nous et la lumière, Reverdir. Un récit-poème largement autobiographique, Soleil de jadis, et son dernier recueil, Suspens (2001) ont paru aux éditions du Castor Astral. Elle a publié aux Etats-Unis un choix de poèmes, traduits par le poète Marilyn Hacker, sous le titre Edge, ainsi que la version anglaise de Soleil de jadis sous le titre A Long Gone Sun. Elle figure dans plusieurs anthologies, et collabore à différentes revues : Po&sie, dont elle est membre du conseil de rédaction, Europe, Nouveau Recueil, etc. Elle a enfin traduit de nombreuses ¤uvres de fiction anglo-saxonnes et surtout des poètes, notamment Emily Dickinson, Emily Brontë, Derek Walcott, Elizabeth Bishop, et reçu divers prix pour ses traductions. Elle siège au jury du prix de traduction de poésie Nelly Sachs.

Vie du poème

Tombé du ciel plombé ce visage qui tangue
Et les mouettes autour en tumultueuse couronne
Lys pour funérailles ailes battant pour une vie
Venue de plus loin qu'une trappe
D'où s'échappent des poissons arc-en-ciel
Ou surgis de la vase les vers d'un poème
Mal armé pour franchir la houle
Car s'il brûle de s'arracher aux lieux inondables
Vers quelque station de l'espace
Sans retour possible à ce visage ridé
Ce corps d'albatros trébuchant sur les vagues
Il ne trouve son nid sa vie que dans le vent

Erin Mouré
(Québec, Can.)

Les livres les plus récents de la Montréalaise Erín Moure sont O Cidadán (Anansi, 2002), une exploration philosophico-poétique du « citoyen », et Sheep's Vigil by a Fervent Person: a Translation of Alberto Caeiro/Fernando Pessoa's O Guardador de Rebanhos (Anansi, 2001). Elle a publié neuf autres recueils de poésie en vingt-cinq ans et a reçu, entre autres, le prix AM Klein de poésie, le prix Pat Lowther, et le prix du Gouverneur général du Canada. Avec Robert Majzels, elle a traduit deux livres de Nicole Brossard, Installations (Muse's Company, 2000) et Museum of Bone and Water (Anansi, 2003) ; elle a également traduit (de l'espagnol en anglais) des extraits du Más íntimas mistura du Chilien Andrés Ajens, sous le titre quasi flanders, quasi extremadura (CCCP, Cambridge, UK, 2001).

document51 (the acts)

Physis ends us here. To dream a heterogeneity of borders, to speak a sororal idiom without that myth of forebears...

Trying to figure where "act" is possible, when the governing Right occupies "high moral ground", condemning nationalisms but constructing all legitimized response from their ground alone. So as to allow no other type of dialogue or openness to form. Those who are not with us are against us ("with us" bears no discussion/ discretion or heterogeneity of terms). Two Spains* kindled, re/ kindled, two Gaza/s, dúas quebequidades

Silence in those villages, who could not speak or read.
That there was nothing to read but the vituperations.

 

Fear's lamention. La mentira.

Entire.

What hope there is? To be in the word ser?

(extrait de _O Cidadán_, publié par House of Anansi,
Toronto, 2002,
http://www.anansi.ca)

Wendy Mulford
(Grande-Bretagne)

Poète britannique, Wendy Mulford vit à Saxmundham, Suffolk. Elle a reçu plusieurs prix et bourses, notamment pour des résidences à Hawthornden Castle, en Ecosse, et au Tyrone Guthrie Arts Centred'Annaghmakerrig, en Irlande. Elle a publié un essai biographique sur Sylvia Townsend Warner, This Narrow Place, un anthologie très remarquée intitulée The Virago Book of Love Poetry, et co-signé un ouvrage sur les femmes saintes, Virtuous Magic. Depuis le début des années soixante, elle a beaucoup ¤uvré à la publication de poètes femmes, en particulier à travers la petite maison d'édition Street Editions, puis plus récemment avec Reality Street Editions, qu'elle codirige avec le poète Ken Edwards. Parmi ses recueils de poèmes, citons The Bay of Naples (Londres, Reality Studios, 1992), The A. B. C. of Writing and Other Poems (Southampton, Dept. of English, University of Southampton, 1985) ou encore The Light Sleepers: poems 1980 (Bath, Mammon Press, 1981).

& suddenly supposing
it was the gardener
stepped shyly out
from behind the rocks
&endash; away, behind, a
limpid sky, rain-washed &endash;
into the orchard &endash;

if she stood still
breath held
did he
hold out a fist
palm uppermost
uncurl the long
labouring fingers

offer her un-
blemished an apple, just one
of England's many
native varieties

André Roy
(Québec)

 Photo : © Martine Dorion

Né à Montréal, le 27 février 1944, André Roy est docteur en études françaises. Professeur à temps partiel aux niveaux universitaire et collégial, il a donné plusieurs conférences et lectures, tant en Amérique du Nord qu'en Europe. Il oeuvre également dans l'édition depuis de nombreuses années, tout en travaillant à la pige comme journaliste et critique en littérature et en cinéma. Il a été cofondateur et rédacteur en chef de Spirale (1979-83) et codirecteur des éditions et de la revue Les Herbes rouges (1983-85). Auteur de plusieurs textes pour Radio-Canada et Radio-Québec, ses différents écrits lui ont valu notamment le prix du Gouverneur général du Canada (pour son recueil Action Writing en 1985), ainsi que le Grand Prix de poésie de la Fondation des Forges (pour l'Accélérateur d'intensité en 1987). Animateur dans le milieu des lettres, il a été secrétaire trésorier de l'Union des écrivaines et des écrivains québécois de 1985 à 1991, tout en s'occupant d'autres associations, dont l'Association québécoise des critiques de cinéma.

Voir : Katia Stockman : http://www.litterature.org/ile32000.asp?numero=413

Cela a été écrit depuis longtemps

Hier long pour que je puisse me rappeler
Que la tendresse de l'air
Où vous vous êtes baignés
S'en est allée au loin.
Je regarde le passé qui revient
Brasser le futur dans mon lit qui s'arrondit.
Les uns contre les autres dans mon poème,
Les souvenirs couchés dans les secondes,
J'aurai imaginé le monde dans ma chambre,
Fleuve blanc lorsqu'elle était lente.
Nuit hier quand j'ai pu vous inventer
En comptant chacun de vos corps dans mes rêves.
Écriture seule maintenant.

(Montréal, mars 2003)

Joël Vernet
(France)

Alep, septembre 2002

Joël Vernet est né en 1954. Enfance nomade à travers la France. Puis retour en Margeride dans le village natal où la famille se fixe. Années de bonheur liées au contact de la nature, et profonde solitude. Goût immodéré pour la langue française, la langue d'Oc, et la révolte. Pas de livres à la maison, mais passion pour ces paysans « qui parlent comme des princes ». En 1975, part vivre dans une grande ville. Premier voyage en Afrique de l'Ouest. Habite les quartiers pauvres des capitales africaines. Découvre le Sahara algérien, les Aurès, le Nord malien, le Soudan, l'Égypte. Voyages qui n'ont jamais cessé depuis lors. Joël Vernet vit actuellement dans un petit village, au sud de Lyon. Il a essentiellement publié chez Lettres Vives, Fata Morgana et Cadex Editions.

Où je voudrais vivre

Depuis des siècles, je vis ici. De peu, de très peu. C'est avec le rien que j'ai bâti cette maison, avec quelques fagots et quelques pierres, grâce à des fouilles dans les ruines, de menues récoltes ici ou là au gré de mes voyages, dans les endroits que les foules délaissent, partout où l'écart se creuse, partout où la vie est en friche. Rien ne me manque plus. Sans le vouloir, j'ai réuni à peu près l'essentiel : la lumière et le large. La nuit et ses lampes. Mais je ne suis pour rien dans cette sorte de victoire. Pour rien du tout. Je vis ici, si proche de l'invisible qui me donne son souffle aux heures où le monde, ailleurs, est en effervescence. Le soir, je monte sur l'étroite terrasse. Je regarde la mer; je vois la barque. J'entends la clameur des vagues qui bruissent dans le sable. Je suis en paix, mais pour combien de temps ?