Laurence Verrey (Suisse)

 

Laurence Verrey

Poète suisse, née à Lausanne en 1953. La musique est sa langue maternelle. Etudes secondaires classiques (latin-grec). Séjour d'une année en Angleterre (Cambridge) où elle obtient le Proficiency en littérature anglaise.

A 18 ans, naissance à l'écriture et autres naissances. Formation d'infirmière à Lausanne. Accompagnement des mourants. Un grand voyage autour du monde en 1981. Mariage et naissance de trois enfants, au fil du temps.

Publie un premier recueil de poèmes, Chrysalide, aux éditions de L'Aire en 1982. Membre du jury du prix Michel Dentan de 1984 à 1994.

Publie deux autres recueils, le Cantique du feu (L'Aire, 1986 - prix Schiller 1987) et D'outre-nuit (éditions Empreintes, 1992).

Collabore avec d'autres arts :

  • La musique, avec la compositrice Caroline Charrière. Création de Vox aeterna poème-cantate pour récitant, voix de femmes et orchestre, à la cathédrale de Lausanne en 1993 ;
  • La peinture, avec l'artiste Bernadette Duchoud. Création de Entre ses poings noués (1994), qui réunit 13 gravures et 13 poèmes.

Actuellement, partage son temps entre l'écriture, l'éducation de ses enfants, et des cours de français dans une association pour l'intégration des étrangers. Voyage récent en Afrique.

BUVEURS D'HERBE HAUTE...

Buveurs d'herbe haute d'ombrages
de pavots
nous allons de clairière
en clairière
vers la haute nuit qui nous rassemble
sans oracles et sans torches nous gravons
notre destinée sur des falaises de craie
innocents voleurs de l'aube
un diamant à la pointe du coeur
nous allons contre la mort
brûler notre lueur de mèches
debout
sur les versants de l'ombre
millénaire

(D'outre-nuit, Lausanne, © Empreintes, 1992, p. 8)


NÉE TRÈS LENTEMENT...

née très lentement
à l'amour plus vaste
que soi
étendu aux bornes du monde
aux citadelles lépreuses
aux ports interdits
aux tentes du matin
la voix se lève

 

convulsive la voix excise
ses blessures
jaillie de lui
exorcise l'obscur
retourne puiser
sa fraîcheur
dans la mort même

 

plongée nue dans le vitriol
au plus sombre du coeur
humain
elle s'accomplit

dans l'obscurité
la voix fait sauter les verrous
du soleil

(D'outre-nuit, Lausanne, © Empreintes, 1992, p. 43 à 45)